Par Claire Vernet — 17 avril 2026
Au meetup Linux et self-hosted de Lyon, il y a presque toujours une ou deux personnes qui viennent avec un Pi 5 tout neuf dans son carton d’origine et me disent « bon, par où je commence ». L’installation de Raspberry Pi OS, ça intimide souvent le plus quand on n’a jamais touché à un Linux. En réalité, rien de plus facile dans tout le parcours : trente minutes, une carte microSD, un ordinateur habituel pour préparer la carte, et tu as un système opérationnel prêt à recevoir ses premiers paquets.
Dans ce tutoriel, je te guide à travers les quatre étapes qui vont de « je viens de déballer le Pi » à « j’ai un système propre, mis à jour, sécurisé, et sur lequel je peux maintenant construire un vrai projet ». Les trois premières sont techniques et prennent une demi-heure. La quatrième est celle que beaucoup de débutants sautent, et qui est précisément la plus importante : sécuriser le système avant de l’exposer à quoi que ce soit.
Ce qu’est Raspberry Pi OS, rapidement
Raspberry Pi OS (anciennement « Raspbian ») est la distribution Linux officielle maintenue par la Raspberry Pi Foundation. Dérivé de Debian, optimisé pour le matériel du Pi, livré avec un bureau graphique (LXDE + PIXEL), un navigateur (Chromium), un éditeur de code simple (Thonny pour Python, VS Code disponible en installation), et tout l’outillage Linux classique. En 2026, la version courante s’appuie sur Debian 13 Trixie (Raspberry Pi OS Trixie release officielle du 2 octobre 2025, basée sur Debian 13 publiée le 9 août 2025 (Debian 13.4 du 14 mars 2026)). Les anciennes installations sous Bookworm (Debian 12) peuvent être mises à jour via sudo apt full-upgrade en suivant le guide officiel Raspberry Pi.
Trois variantes existent sur la page de téléchargement officielle. Voici ce qui les distingue.
- Raspberry Pi OS (64-bit) — la version recommandée par défaut pour les Pi 3, 4 et 5. Livrée avec le bureau, tous les outils de base, Python, le terminal. Prends celle-ci si tu débutes.
- Raspberry Pi OS Lite (64-bit) — version sans interface graphique. Utile pour les serveurs dédiés où l’écran n’est jamais branché (Home Assistant, Pi-hole, NAS). Occupe environ 3,5 Go sur la carte SD contre 7-8 Go pour la version complète.
- Raspberry Pi OS (Legacy, 32-bit) , basée sur une version plus ancienne de Debian. Réservée aux vieux Pi 2 et Pi 1. À oublier en 2026 si tu as un modèle récent.
Mon conseil : débute avec la 64-bit complète, même si tu comptes finir par l’utiliser sans écran. Tu peux toujours désinstaller les paquets graphiques plus tard, mais les avoir pendant la phase d’apprentissage évite beaucoup de friction.
Ce dont tu as besoin avant de commencer
- Un Raspberry Pi modèle récent (Pi 4, Pi 5 ou Zero 2 W , ce dernier n »a que 512 Mo de RAM, préférer l »image Lite) avec son alimentation officielle.
- Une carte microSD de 32 Go minimum, classe A1 ou A2. Les marques SanDisk Extreme, Samsung EVO Plus et Kingston Canvas Go sont des valeurs sûres. Évite les cartes de marque obscure à 5 euros , ça finit mal, j’en ai perdu assez au meetup pour en être sûre.
- Un ordinateur sous Windows, macOS ou Linux pour flasher la carte. N’importe quel PC de moins de dix ans convient.
- Un lecteur de carte microSD sur ton ordinateur (intégré, ou adaptateur USB à 5 euros).
- Un écran HDMI avec le bon câble adaptateur : micro-HDMI pour les Pi 4 et Pi 5, mini-HDMI pour le Pi Zero 2 W (attention à ne pas confondre les deux, ils ne sont pas interchangeables). Un clavier et une souris USB. Ou, mieux, rien de tout ça : on va configurer le Pi en mode headless dès le premier boot. Je détaille plus bas.
- Un réseau Wi-Fi ou une prise Ethernet à portée.
Étape 1 . Télécharger Raspberry Pi Imager
Raspberry Pi Imager est l’outil officiel qui télécharge l’image système et l’écrit sur la carte microSD. Il est disponible pour Windows, macOS et Linux. Rendez-vous sur raspberrypi.com/software/ » rel= »noopener »>raspberrypi.com/software et prends la version correspondant à ton ordinateur.
- Sur Windows, tu télécharges un fichier .exe. Double-clique pour installer, ça prend 30 secondes.
- Sur macOS, tu télécharges un .dmg. Tu glisses l’application Raspberry Pi Imager dans Applications.
- Sur Linux, deux options. Soit via le gestionnaire de paquets si ta distribution le propose (
sudo apt install rpi-imagersous Debian/Ubuntu), soit en téléchargeant le paquet .deb ou l’AppImage depuis le site officiel.
Remarque de prudence, et c’est un biais que j’assume : ne télécharge jamais Pi Imager depuis un site tiers. Je vois régulièrement des versions « modifiées » circuler sur des forums douteux qui prétendent ajouter telle ou telle fonctionnalité. Vecteur classique de cheval de Troie. Le site officiel, rien d’autre.
Étape 2 . Flasher la carte microSD
Insère la carte microSD dans ton ordinateur. Lance Raspberry Pi Imager. Trois boutons dominent l’interface.
- Choisir l’appareil : sélectionne ton modèle de Pi. Le catalogue va du Pi 1 au Pi 5 en passant par Zero. Sélectionne celui que tu as précisément, parce qu’Imager adapte l’image proposée en fonction.
- Choisir l’OS : déroule la liste, sélectionne « Raspberry Pi OS (other) » puis « Raspberry Pi OS (64-bit) ». L’image fait environ 2,5 à 3 Go pour la version complète (1,2 Go pour Lite), le téléchargement se fait au moment du flash.
- Choisir le stockage : sélectionne ta carte microSD. Vérifie deux fois. Imager détecte tous les périphériques de stockage connectés, et si tu as un disque dur externe USB branché en même temps, il apparaît dans la liste. Te tromper de disque signifie effacer des données utiles. Je double-clique toujours sur la bonne ligne avant de lancer le flash.
Les paramètres avancés (l’étape qui change tout)
Avant de cliquer sur « Écrire », prends trente secondes pour l’icône d’engrenage en bas à droite, ou la fenêtre qui apparaît automatiquement après avoir choisi l’OS. Les paramètres avancés permettent de pré-configurer l’installation pour que le Pi soit immédiatement accessible au premier boot, sans écran ni clavier branchés. C’est le mode « headless », et ça reste ma façon préférée de démarrer un nouveau Pi parce qu’elle évite toute la friction de brancher un écran.
Voici ce que je remplis systématiquement :
- Nom d’hôte , un nom court, sans accents, qui identifie le Pi sur ton réseau. Par exemple
cuisine,bureau-serveur,robot-01. Tu y accéderas ensuite viassh user@cuisine.localau lieu de devoir retenir une adresse IP. - Nom d’utilisateur et mot de passe , ne garde jamais le couple historique
pi / raspberry(qui n’existe plus par défaut depuis 2022 de toute manière). Choisis ton propre nom d’utilisateur (par exemple le tien), et un mot de passe long d’au moins 16 caractères. Un gestionnaire comme Bitwarden te le génère en deux secondes. - Configurer le Wi-Fi , entre le SSID exact de ta box (sensible à la casse, attention aux espaces) et le mot de passe. Indique aussi le pays (FR pour la France) pour que le Pi respecte les restrictions de canaux Wi-Fi réglementaires.
- Paramètres régionaux , fuseau Europe/Paris, clavier AZERTY-French. Utile parce que sinon tu te retrouves en QWERTY et tu te demandes pourquoi les symboles sortent bizarrement.
- Activer SSH , case à cocher absolument essentielle. Elle permet de se connecter au Pi depuis ton PC habituel via un terminal, sans écran branché. Deux choix : activer avec mot de passe, ou activer avec clé publique. Si tu connais les clés SSH, va directement sur la version clé publique (cf. section sécurité plus bas). Sinon, mot de passe pour commencer.
Une fois les paramètres saisis, valide, puis clique sur « Écrire ». Imager demande confirmation de l’effacement de la carte, valide. Le flash prend cinq à dix minutes, vérification automatique incluse. Quand c’est terminé, retire la carte du lecteur.
Étape 3 . Premier boot
Insère la carte microSD dans le slot du Pi. Branche (dans cet ordre) : les périphériques éventuels (souris, clavier si tu en as), l’écran HDMI si tu veux voir ce qui se passe, et en dernier l’alimentation USB-C. Le Pi démarre automatiquement dès qu’il est alimenté, il n’a pas de bouton power.
Observe les deux LED : la rouge doit s’allumer en continu (alimentation OK), la verte doit clignoter par intermittence (activité disque). Après 30 à 60 secondes, l’écran affiche soit le bureau Raspberry Pi OS (si tu as branché un écran), soit rien si tu es en mode headless. Dans les deux cas, le Pi est démarré, connecté au Wi-Fi si tu l’as configuré, et SSH est actif.
Se connecter en SSH depuis ton ordinateur
Ouvre un terminal sur ton PC habituel. Sous macOS ou Linux, c’est l’application Terminal. Sous Windows, utilise PowerShell ou le Terminal Windows (qui est désormais préinstallé sur Windows 11). Tape :
ssh toncompte@cuisine.local
Remplace toncompte par le nom d’utilisateur que tu as configuré dans Imager, et cuisine par ton nom d’hôte. La première fois, ton PC te demande d’accepter l’empreinte du serveur : tape yes puis Entrée. Saisis le mot de passe (qui ne s’affiche pas en le tapant, c’est normal). Si tout va bien, tu vois apparaître le prompt du Pi :
toncompte@cuisine:~ $
Tu es maintenant sur le Pi, à travers le réseau. Toute commande que tu tapes ici s’exécute sur le Pi, pas sur ton PC. La configuration qui t’évitera de rebrancher un écran pour toujours.
Étape 4 . Sécuriser le système avant d’aller plus loin
La section que la plupart des tutoriels sautent ou minimisent. Je la fais en détail parce que quand on expose un Pi sur Internet ou même juste sur son réseau local familial, la sécurité minimale n’est pas optionnelle. Les bots scannent Internet en permanence pour tester des mots de passe faibles sur le port SSH 22.
Mettre à jour le système
Toujours la première commande après un boot neuf.
sudo apt update
sudo apt upgrade -y
apt update télécharge la liste des paquets disponibles. apt upgrade installe les mises à jour de sécurité et fonctionnalités. L’opération prend entre trois et dix minutes selon l’état du système et la vitesse de ton réseau. Si une fenêtre te demande de confirmer un changement de fichier de configuration, garde la version par défaut (option « N »).
Passer à l’authentification par clé SSH
Les mots de passe SSH, même longs, restent plus faibles qu’une clé cryptographique. Générer une paire de clés et désactiver l’authentification par mot de passe est la seule protection vraiment efficace contre les tentatives de brute force.
Depuis ton PC (pas depuis le Pi), si tu n’as pas déjà une clé SSH :
ssh-keygen -t ed25519 -C "toncompte@monpc"
Accepte l’emplacement par défaut. Met une passphrase ou laisse vide selon ton niveau de paranoïa (une passphrase ajoute une couche mais nécessite de la retaper à chaque usage sauf si tu la mets en cache dans l’agent SSH).
Ensuite, copie ta clé publique sur le Pi :
ssh-copy-id toncompte@cuisine.local
Teste que la connexion par clé fonctionne (elle ne doit plus te demander le mot de passe) :
ssh toncompte@cuisine.local
Si ça passe sans prompt de mot de passe, tu peux désormais désactiver l’authentification par mot de passe côté Pi. Édite le fichier de config SSH :
sudo nano /etc/ssh/sshd_config
Cherche la ligne #PasswordAuthentication yes. Décommente-la (enlève le dièse) et change yes en no :
PasswordAuthentication no
Sauvegarde (Ctrl+O, Entrée), quitte (Ctrl+X), puis redémarre le service SSH :
sudo systemctl restart ssh
Important : ne ferme pas ta session SSH actuelle avant d’avoir vérifié qu’une nouvelle session passe correctement avec la clé. Si tu te loques dehors par erreur de config, il faudra remettre la carte SD dans un PC pour corriger le fichier.
Installer fail2ban (protection brute force)
Même avec des clés, si tu gardes le port SSH par défaut, des bots vont essayer. fail2ban bloque automatiquement les IP qui enchaînent les tentatives d’authentification échouées.
sudo apt install fail2ban -y
La config par défaut est raisonnable pour un usage maison : 5 tentatives échouées en 10 minutes, bannissement 10 minutes. Pas besoin d’y toucher pour commencer.
Les problèmes qu’on rencontre au premier boot
Trois incidents qui reviennent systématiquement sur les forums :
- Le Pi ne se connecte pas au Wi-Fi. Vérifie le SSID (sensible à la casse), le mot de passe, et le pays Wi-Fi (FR obligatoire en France pour activer les canaux 5 GHz). Si ta box Internet a deux SSID (un en 2,4 GHz et un en 5 GHz), connecte le Pi au 2,4 GHz pour l’initialisation, plus tolérant.
- ssh cuisine.local ne répond pas. Le protocole mDNS (le mécanisme derrière le .local) peut être bloqué par certains routeurs ou sur certains Windows anciens. Trouve alors l’adresse IP du Pi directement dans la page d’administration de ta box (section « appareils connectés ») et utilise
ssh toncompte@192.168.1.xxx. - Carte SD non reconnue ou erreur pendant le flash. Formate la carte d’abord en FAT32 via un outil dédié (SD Card Formatter, disponible gratuitement). Si le problème persiste, la carte est défectueuse, change-la.
Et après ?
Ton Pi est installé, à jour, sécurisé. À ce stade, tu as un ordinateur Linux fonctionnel, prêt à devenir n’importe quoi. Trois directions naturelles pour la suite, selon ce qui te parle le plus :
- Tu veux automatiser quelque chose à la maison , installe Home Assistant, on couvre ça dans un futur article. Le Pi devient ton hub domotique central.
- Tu veux bloquer la pub sur tout ton réseau , installe Pi-hole. Trente minutes de config, effet immédiat sur tous les appareils de la maison.
- Tu veux comprendre Linux sous le capot , ouvre un terminal et commence à lire
man bash. Sérieusement, ça reste la meilleure porte d’entrée pour devenir à l’aise avec un système Unix.
Si tu bloques sur une étape précise ou si tu as choisi un chemin différent, passe par la page contact. Je croise ces questions régulièrement et ça m’intéresse de savoir où les docs officielles ratent leur cible. Le guide général Raspberry Pi de Thomas donne plus de contexte sur la machine elle-même si tu veux revenir en amont.