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Raspberry Pi 5 : rétrospective terrain après 1 an d’usage

Seize mois avec le Raspberry Pi 5 : performances reelles, chauffe, consommation, PCIe NVMe, et pour quel profil il reste le meilleur choix en 2026.

Par Thomas Dubois — 30 avril 2026

J’ai eu trois Raspberry Pi 5 en rotation depuis janvier 2025 : un en serveur Home Assistant 24/7 dans le meuble TV, un en atelier STEM avec deux à trois démos par semaine dans des collèges, un sur mon bureau comme machine de test pour les articles que j’écris ici. Plus de seize mois de terrain avec la même puce, sur des usages volontairement différents. C’est suffisant pour écrire autre chose qu’une review de lancement basée sur un benchmark de vingt minutes.

Ce qui tient la route au quotidien

Sur la performance brute, je ne suis pas déçu : Le saut entre le Pi 4 et le Pi 5 est palpable dès le premier boot. Le bureau se charge en 8 secondes (Raspberry Pi OS Bookworm desktop, carte SD A2) au lieu de 15 sur Pi 4, Chromium ouvre un onglet sans que le disque gratte pendant trois secondes, et Python exécute mes scripts de traitement d’image 2,5 à 3 fois plus vite (mesuré sur un script OpenCV de détection de contours sur des images 640×480, le ratio dépend du workload exact). Le passage des cœurs Cortex-A72 à 1,8 GHz du Pi 4 vers du Cortex-A76 à 2,4 GHz explique l’essentiel du gain, comme détaillé sur la fiche technique officielle du Pi 5.

En atelier, les élèves ne savent pas qu’il y a eu un Pi 4 avant. Pour eux, c’est juste « un ordinateur ». Le Pi 5 a passé le seuil où la lenteur n’est plus la première chose qu’on remarque.

Le port PCIe, lui, transforme vraiment l’usage en serveur. Brancher un SSD NVMe via le M.2 HAT+ officiel (12 € HT, soit environ 13 à 16 € TTC selon le revendeur) transforme le Pi en mini-serveur fiable. Mon Home Assistant tourne sur un SSD de 256 Go depuis un an, zéro crash lié au stockage. Sur carte SD, j’en avais corrompu trois en deux ans. La différence en termes de fiabilité est radicale.

L’écosystème a suivi. En 2024, beaucoup de HATs et d’accessoires n’étaient pas encore compatibles. En 2026, la quasi-totalité du catalogue Pimoroni, Adafruit et Waveshare est passée sur le format Pi 5. Les drivers sont intégrés au kernel. Les bibliothèques Python (gpiozero, picamera2) fonctionnent sans bidouille.

Ce qui déçoit ou agace

La chauffe est un vrai sujet. Le Pi 5 sans ventilation active atteint 80 °C en moins de dix minutes sous charge soutenue (compilation, lecture vidéo 4K, OpenCV en boucle). Le throttling thermique s’enclenche à ce seuil, comme documenté dans le guide officiel Raspberry Pi, et la performance chute de 20 à 30 %. Le boîtier officiel avec ventilateur (environ 12 €) est un achat non négociable, pas un accessoire optionnel. Mon Pi 4 tournait dans un boîtier passif sans jamais throttle. Impossible sur le Pi 5.

La consommation a augmenté. Le Pi 5 tire 3 à 5 watts en usage courant headless, 6 à 8 watts en charge moyenne, jusqu’à 9-10 W en charge soutenue 4 cœurs contre 3 à 4 watts pour le Pi 4, des mesures cohérentes avec celles publiées par Jeff Geerling et la presse spécialisée hardware. Ce n’est pas un problème pour un usage branché. Pour un projet mobile sur batterie, l’autonomie baisse de 40 %. Mon robot d’atelier qui tenait 2h30 sur un pack de piles AA tient maintenant 1h30 avec un Pi 5. On est passé au LiPo pour compenser.

Le contrôleur GPIO RP1 a cassé des choses. Le Pi 5 utilise un nouveau chip I/O (RP1) au lieu d’exposer les GPIO directement depuis le SoC. Résultat : RPi.GPIO ne fonctionne plus nativement, certaines bibliothèques legacy de HAT ont mis des mois à être portées, et les timings GPIO bas niveau ne sont plus identiques.

La migration n’est pas insurmontable. Le paquet rpi-lgpio sert de drop-in replacement pour RPi.GPIO et permet de faire tourner la majorité du code legacy sans modification. Pour un utilisateur de gpiozero, c’est totalement transparent grâce au backend lgpio. Pour quelqu’un qui manipulait les registres directement (projets industriels, robotique avancée), il a fallu réécrire les couches bas niveau.

Pi 5 vs Pi 4 : le tableau qui tranche

Le Pi 5 gagne sur tous les axes de performance et de connectique. Le Pi 4 reste pertinent uniquement sur la consommation et la chaleur passive. Voici le comparatif sur les points qui font basculer une décision d’achat en 2026.

CritèrePi 4 (4 Go)Pi 5 (4 Go)
CPUCortex-A72 quad 1,8 GHzCortex-A76 quad 2,4 GHz
Conso typique3 à 4 Wconsommation (3-5 W idle, 6-8 W en charge)
Throttling thermiqueRare en boîtier passifSystématique sans ventilateur
PCIeNonOui (1 voie, FPC)
Bouton powerNonOui
Alimentation requise5V/3A USB-C5V/5A USB-C PD recommandé
GPIODirect SoCVia chip RP1
Prix indicatif (4 Go)~55 € TTC~65 € TTC

Sur l’alimentation, attention au piège classique : un chargeur USB-C standard de 3A peut faire booter le Pi 5, mais limitera les périphériques USB et fera apparaître des warnings de sous-tension. Le bloc officiel 27 W est le seul officiellement validé qui négocie le profil 5V/5A en USB-PD ; certaines alims tierces le supportent aussi mais c’est rare et non garanti.

Pour quel profil c’est le bon choix

  • Tu démarres un nouveau projet en 2026. Prends le Pi 5. Les tutoriels récents, la documentation officielle et les accessoires neufs visent le Pi 5 en priorité. C’est le choix par défaut qui vieillit bien.
  • Ton Pi 4 actuel fait le job sans broncher. Garde-le. Le gain de performance ne justifie pas le coût de la migration (nouveau boîtier, nouvelle alimentation 5A, reconfiguration éventuelle des GPIO) tant que ton usage actuel est satisfaisant. Le Pi 4 reste produit et supporté jusqu’en 2036 (engagement officiel Raspberry Pi Trading) minimum selon Raspberry Pi Ltd.
  • Serveur 24/7 avec stockage fiable : Pi 5 + M.2 HAT+ + SSD NVMe, sans hésitation. Le PCIe natif est le vrai changement vraiment décisif pour Home Assistant, Pi-hole, Nextcloud ou un serveur multimédia.
  • Robotique mobile sur batterie : le Pi 4 reste pertinent (consomme moins, chauffe moins, alimentation 3A plus simple à dimensionner). Pi 5 possible mais avec un pack LiPo 2S ou 3S correctement dimensionné.

Mon verdict après seize mois

Le Pi 5 est le premier Raspberry Pi que je n’ai pas besoin d’excuser quand je le montre à quelqu’un qui utilise un vrai PC au quotidien. Il est assez rapide pour que la lenteur ne soit plus la première chose qu’on remarque. Le PCIe et le bouton power sont des ajouts qui paraissent anodins sur la fiche technique mais qui changent l’usage au quotidien. La chauffe est le seul vrai bémol, et il se résout avec environ 12 €.

Si je devais recommander un seul modèle Pi pour les deux prochaines années sans aucune qualification, ce serait le Pi 5 4 Go avec le boîtier ventilé officiel et une alimentation 27 W. Le comparatif complet de la gamme Raspberry Pi 2026 détaille les alternatives pour chaque cas spécifique (Pi Zero 2W, Pi 400, Pi 500, Compute Module 5). Le guide ultime Raspberry Pi 2026 couvre la mise en route si tu viens de recevoir le tien. Pour le stockage, le guide SSH headless reste valable à l’identique sur Pi 5.

Questions fréquentes

Le Raspberry Pi 5 vaut-il le coup en 2026 face à un Pi 4 ?

Oui pour un nouveau projet, non pour remplacer un Pi 4 fonctionnel. Le Pi 5 offre 2,5 à 3 fois la performance CPU du Pi 4 et le PCIe natif pour SSD NVMe, mais il consommeconsommation (3-5 W idle, 6-8 W en charge) contre 3 à 4 W et requiert obligatoirement une ventilation active. Si ton Pi 4 tient ton usage actuel, le surcoût (carte + boîtier ventilé + alim 27 W, soit environ 100 € au total) ne se justifie pas.

Faut-il vraiment un boîtier ventilé pour le Pi 5 ?

Oui, sauf usage très ponctuel. Sans ventilateur, le Pi 5 atteint 80 °C en moins de dix minutes sous charge soutenue et le throttling thermique fait chuter la performance de 20 à 30 %. Le boîtier officiel avec ventilateur PWM (environ 12 €) résout le problème. Un dissipateur passif seul ne suffit pas pour un usage continu.

Quelle alimentation pour le Raspberry Pi 5 ?

Le bloc officiel Raspberry Pi 27 W USB-C PD est recommandé. Une alimentation USB-C standard 5V/3A fera booter le Pi 5 mais limitera les périphériques USB à 600 mA cumulés et affichera des warnings de sous-tension. Pour un projet sur batterie, prévoir un pack LiPo 2S minimum avec un convertisseur capable de fournir 5V/5A en pic.

Mes anciens HATs Pi 4 fonctionnent-ils sur Pi 5 ?

Dans la majorité des cas oui, depuis 2025. Le format physique 40 broches est identique. Le changement de contrôleur GPIO (RP1 sur Pi 5) a cassé temporairement les HATs qui manipulaient les registres directement, mais Pimoroni, Adafruit et Waveshare ont mis à jour leurs catalogues. Pour le code Python legacy basé sur RPi.GPIO, le paquet rpi-lgpio sert de remplacement transparent.

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